Les humeurs de Mélodie

Chroniques diverses d'une Québécoise en Angleterre revenue au Québec et vivant à Aylmer.

07 mars 2008

Détour obligé

Peu importe où on va en Europe, ça sent l'Histoire avec un grand H. En Scandinavie, on court après les Vikings, à Rome, c'est les ruines du plus grand empire qui nous entourent. À certains endroits, vous entendrez parler de druides, à d'autres, vous visiterez les plus grands temples, et ainsi de suite. Chaque lieu a ses particularités et son histoire propre. Cependant, l'Europe entière, et cela inclut même les pays qui se sont déclarés "neutres", partage un pan historique: la Seconde Guerre mondiale. En Amérique, le souvenir de cette guerre est présent, mais beaucoup moins qu'ici. Étrangement, la majeure partie de ce que nous en savons, nous l'avons appris grâce à des films ou à des séries télévisées, et non par le biais de cours d'histoire ou de cérémonies spéciales. C'est donc pour en savoir plus, par curiosité et aussi par respect, que nous avons décidé d'aller visiter le camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz, à environ 70 km de Cracovie.

Cracovie_097Arbeit Macht Frei, soit Le travail rend libre. C'est ce qui nous accueille à l'entrée du camp. Dur de ne pas relever l'ironie. Dur de ne pas ressentir un pincement au coeur en traversant la barrière. Dur de vraiment réaliser qu'en ce beau dimanche après-midi ensoleillé, on choisit d'aller là, de s'y promener et d'en ressortir à notre guise, alors que plus d'un million de personnes, en majorité des juifs, n'eurent pas cette chance.

Cracovie_104Après la visite du premier camp, on prend la navette du musée qui nous conduit à Auschwitz-Birkenau, le deuxième camp, situé à trois kilomètres. Là se trouvait la majorité des prisonniers et des baraques. Là se trouvaient les chambres à gaz et les fours crématoires. Là se terminait la voie ferrée. Là s'ouvraient les portes, à l'entrée des chambres à gaz. Moins de travail pour les bourreaux.

Cracovie_107Ce n'est pas toujours facile de vraiment encaisser tout ce qui s'est passé. Les informations nous parviennent d'un peu partout, parfois disparates. Ça semble parfois si loin de chez nous. Pourtant, c'est faux. Organisée et mise en place par des gens éduqués venant d'un pays industrialisé occidental, cette solution finale fut orchestrée il n'y a que soixante ans. Les chiffres sont énormes. Parfois, ça déstabilise. Plus de 6 millions de juifs, de Tziganes, d'homosexuels, de Témoins de Jéhovah, d'handicapés, de prisonniers politiques, d'intellectuels, de Polonais, etc. ont été exterminés. Dur parfois de se sentir proches d'un tel nombre. Pourquoi ne pas y aller cas par cas, alors ? Vous pouvez commencer ici.

Posté par melodie1974 à 07:06 - Chroniques polonaises - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

    Ton billet me touche beaucoup... Je viens de terminer "Le liseur" de Bernhard Schlink... Je te le conseille si tu ne l'a pas déjà lu... Il parle, entre autres, des camps... Mais c'est toute la réflexion qui l'entoure qui est vraiment intéressante...
    Le lien où tu nous réfère, le billet est vraiment touchant... J'ai peine à décrire ce que j'ai ressentis à sa lecture...

    Posté par Allie, 07 mars 2008 à 16:02
  • Très beau Véro,je lisais hier dans le journal qu'un Juif qui vivait aux U.S.A. à ce moment de l'histoire et qui était propriètaire d'un journal était au courant de ce qui se passait mais ne voulait pas en parler de peur que lui et ses compatriotes soient menacés . C'est dommage il aurait pû à lui seul en sauver des centaines.Les photos sont très réussies.
    clo

    Posté par cloclo, 07 mars 2008 à 17:09
  • Que d'émotions on doit ressentir...
    Tu m'as donné des frissons.

    Posté par Tartine, 08 mars 2008 à 00:22
  • Si le billet et le lien vous a touchés, ma mission aura donc été accomplie. Prendre ne serait-ce qu'un petit moment pour se rappeler, c'est important.

    Allie, j'ai lu "Le Liseur" il y a quelques années. J'avais beaucoup aimé et j'aimerais bien le relire en fait, avec peut-être une autre perspective maintenant.

    Posté par Mélodie, 09 mars 2008 à 19:37
  • L'histoire de l'humanité est écrite dans le sang. Mais on ne le réalise pas assez. Comme si on n'était pas capable d'en tolérer trop à la fois.

    J'ai des amis qui ont été à Auschwitz. Ils en ont été bouleversés. Je vois que c'est aussi ton impression.

    Je ne sais pas si j'irai un jour voir ces lieux de mort. Ces lieux qui ont vu ce que l'humain peut faire de pire. Mais j'espère que jamais on n'oubliera.

    Posté par Danaée, 18 mars 2008 à 22:38
  • Danaée, je suis "contente" d'y être allée, mais même encore aujourd'hui, je m'interroge sur cette visite. Je suis tiraillée entre "y aller par respect pour visualiser et ainsi mieux me rappeler" et entre "mais il se passe encore tellement d'atrocités dans le monde, pourquoi est-ce que je ne mets pas des énergies à défendre ce qui se passe dans mon époque actuelle", etc. Des trucs du genre. En tout cas, cette visite, pour moi, aura surtout levé d'autres questions...

    Posté par Mélodie, 21 mars 2008 à 15:59

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